• Luna

ainsi parlait la maladie

« On revient régénéré de tels abîmes, d’une aussi dure consomption du lourd soupçon, en ayant fait peau neuve, plus chatouilleux, plus méchant, avec un goût plus fin de la joie, avec une langue plus délicate pour toutes les bonnes choses, avec des sens plus joyeux, avec une seconde et plus dangereuse innocence dans la joie, à la fois plus enfant et cent fois plus raffiné qu’on ne l’a jamais été auparavant » (Le Gai Savoir, Nietzsche).


Nietzsche voit la maladie comme une chance et un objet de connaissance de soi. Le malade, combattant le mal et la souffrance, en apprend sur sa santé et sur lui même. Il inverse le prisme de la réalité : ce qui semblait si important avant devin dérisoire et vice versa.


Grâce à la maladie, l’homme est capable de guérir. Grâce à la maladie, je suis allé chercher toute la force en moi pour sortir de cet état dans lequel je ne me plaisais pas du tout.

Tout ce chemin depuis 2017, m’a énormément élevé et pour citer Nietzsche encore, ce fut « un suprême rappel à la réalité de la douleur » (Aurore). J’ai ressenti toute la souffrance que je n’avais jamais réussi à exprimer par la parole. L’expression de la souffrance (physique ou psychique) et de mes émotions ont été quasi tue pendant une grande partie de mon enfance. J’étais incapable d’exprimer ce que je ressentais. Alors, un certain temps passa et mon corps exprima de lui-même tout ce qui fut enfoui pendant tant d’années. À peu près 18 ans d’émotions enfouies… mon corps ne m’a pas fait de cadeau, il s’est exprimé aussi fort et aussi profondément que j’avais enterré mes émotions.

La douleur qui vous plie en deux, vous cloue au lit pendant une dizaine de mois, vous attaque toutes les parties de votre corps, cette douleur-là, que je ne souhaite à personne et que je ne veux revivre, m’a beaucoup appris. J’ai renoué avec certaines valeurs perdues pendant mon adolescence, j’ai dénoué certains schémas de pensée et cela m’a permis d’accéder à une réflexion et une vision de la réalité plus profonde, plus en accord avec moi même.


Le chemin n’est pas terminé, car je retire de cette « expérience » une combativité pérenne. Je ne veux non pas que la souffrance gouverne ma vie, car une partie de mon travail fut de me détacher d’elle, mais qu’elle influe sur la perception que j’en ai. Je ne veux pas « oublier », balayer et passer à autre chose, je veux m’appuyer dessus et y puiser ma force.


C’est en jeûnant que j’ai particulièrement ressenti la réappropriation de tous mes moyens. L’abstinence de nourriture, de tout ce qui finalement, n’était ni assimilé, ni profitable à mes intestins fut une délivrance. Le repos physiologique, d’en premier lieu, 3 jours, puis plusieurs repos de 24h, 48h puis enfin 18 jours, qui me conduisit à la rémission d’un état qui durait depuis 3 ans.

Ayant depuis longtemps un rapport assez ambigu avec la nourriture (remplissage d’un « vide » émotionnel par un apport excessif et compulsif, puis rejet de cette nourriture…etc.) prendre ce chemin-là fut un réel dépassement ! Et c’est en cela que je ressens une force, car plusieurs années auparavant, je n’aurai été capable, ni de supprimer toutes les « bonnes choses » (pain, pâtes, pizza, etc.) ni de manger autant de légumes et encore moins de m’abstenir de nourriture pendant… 18 jours…


Nietzsche avait bien mis en exergue la maladie en tant que moyen d’inverser la perception de la réalité : en effet, ce qui me paraissait comme essentiel avant, ne l’est plus du tout (nourriture industrielle, relations superficielles, activités vides de sens) et ce qui me paraissait dérisoire, ou plutôt en dehors de mon champ de conscience (nourriture vivante, activités libératrices, relations saines, méditation, réflexion, activités physiques et j’en passe…) est aujourd’hui devenu une manière de vivre et est constitutif de mon identité, de ma personnalité et de mon bien-être.


La maladie est un cadeau de la vie.



Nietzsche - Ecce Homo, Pourquoi j’écris de si bons livres


« La maladie me détacha lentement de tout. Elle m’épargna toute rupture, toute démarche brutale et choquante. À cette occasion je n’ai perdu la démarche bienveillante de personne, au contraire, j’en ai attiré davantage encore. La maladie me donnait pour ainsi dire, droit à une inversion complète de toutes mes habitudes, elle me permettait, elle m’ordonnait d’oublier. Elle m’offrait l’obligation absolue du repos, du désœuvrement, de l’attente et de la patiente. Mais qu’est-ce que tout ça, sinon penser ? Jamais je ne fis plus heureux d’être moi même qu’aux pires périodes de maladie et de souffrance de ma vie. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur Aurore ou Le Voyageur et son ombre pour comprendre ce que ce fut ce retour à moi même, une forme supérieure de guérison. »

© 2017 MON CROHN AU NATUREL

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